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 9946 m en Parapente

 

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 Activité : Parapente

 Date : 14 Février 2007

 Les aventuriers : Christophe (Gabs), Ewa et d'autres ...

 Le lieu : Manilla (Australie)

 En Bref :

C'est l'histoire des parapentistes happés par un nuage en Australie en Février 2007 ... une des concurrentes s'est retrouvée à 9946 m d'altitude ... un n'en est pas revenu ... histoire racontée par Christophe qui était dans ce nuage :

 

L'histoire :

Un commencement classique :

Ben voilà, je suis revenu un peu plus tôt que prévu, déçu de ne pas pourvoir voler ce championnat, j’ai préféré écourter mon séjour. Concernant cet incident, je vais essayer d’apporter quelques explications. Il ne faut pas mal interpréter ce que j’ai écris, le ciel n’est évidemment pas passé de tout bleu à orageux comme sur les photos en quelques minutes, c’est impossible… Le 14 février, on arrive au déco Ouest en retard, le temps de préparer le matériel, beaucoup de pilotes sont déjà partis. C’est la 1er manche et aussi la 1er fois que je teste ma nouvelle voile (Avax SR7). Le plafond n’est pas très haut et c’est des très petites conditions, il faut décoller dans le cycle comme à Prayon sous peine de faire un tas en sortie de déco. Je laisse partir 3 ou 4 pilotes et j’observe, ça à l’air de tenir je décolle, le temps de me diriger vers ces pilotes, le cycle s’arrête et on commence tous à descendre, plus ou moins à mi-pente on choppe en plaine un petit lift et avec la moitié du groupe ont parvient à sortir et faire le plaf. Bon après, cap au nord puisque les nuages dérivent dans cette direction, au loin je vois pas mal de pilotes plus ou moins bas en train de galérer en plaine. Malgré les très gros cums à base sombre et plate comme il y a partout en Australie, c’est comme l’année dernière les nuages sont des leurres , arrivés en dessous on s’attend à se faire satelliser à +8 mais en fait ça monte péniblement à +1. Première transition vers les 1er partis, je passe de nuages en nuages mais ça plombe, 1 cum sur 3 donne pourtant le ciel est magnifique, comme dans les magasines. Après 10 bornes je suis à moins de 100 mètres sol avec une autre voile et essaye de remonter, on finit par retrouver un petit thermique et de nouveau au plaf. A ce moment sur ma gauche à 4 ou 5 kms un nuage isolé déverse de la pluie, assez courant à Manilla, déjà eu cela l’année dernière, tout autour de ce nuage le ciel est bleu, rien de particulier, c’est fréquent ici. Je continue ma progression vers les 1er partis et rattrape pas mal de monde.

Les changements arrivent ...

Après environ une heure j’aperçois derrière moi à quelques kms sur ma droite cette fois çi un autre nuage en train de déverser de la pluie. Nous nous trouvons bien en avant de ces nuages et volons dans un ciel bleu parsemé de cums. Des pilotes partout devant, sur les côtés, mais aussi derrière. J’observe surtout les pilotes à l’arrière puisqu’ils sont beaucoup plus près de ces nuages, mais ils semblent évoluer normalement. Tous le monde continue, les thermiques sont toujours petits, les plafs moyen et rester haut n’est pas évident. Devant moi à quelques kms je peux apercevoir un groupe de 30 pilotes, en fait les 1er partis, des bons Suisses, Allemands, Anglais…Après un autre point bas, je trouve un meilleure thermique au dessus d’un champ ensoleillé , +2,+3 jusqu’au plaf. Puis je transite haut de nuages en nuages vers ce groupe de pilotes. Après 8 ou 10 bornes, j’ai enfin comblé mon retard avec ce groupe, je rejoins 4 ou 5 pilotes au plaf. En dessous de nous 400 , 500 mètres plus bas une bonne vingtaine de pilotes essayent de nous rejoindre. Jusqu’à présent il y a un peu moins de ciel bleu et un plus de cums, mais le ciel n’est toutefois pas menaçant, un ciel comme on en trouve chez nous en plaine ou en montagne quand c’est bon, étant au plaf on continue vers le Nord. Le problème est qu’en évoluant à la base des nuages de cums en cums on a une bonne vision horizontale, mais on ne peut pas voir ce qui se passe au dessus de nous et donc difficilement évaluer l’évolution du ciel. Derrière à quelques kms, le ciel est menaçant, bien chargé et noir mais on évolue toujours dans un ciel exploitable loin devant.

On plane un peu trop bien ...

Après quelques kms de transition je trouve que l’on plane un peu trop bien, on ne perd pas d’altitude et on reste haut en permanence pas très loin de la base des nuages, 500 mètres en dessous de nous des pilotes essayent toujours de monter. En fait quand tout démarre, on est les 4 ou 5 pilotes les plus haut du groupe et donc les plus mal placés. En quelque minutes le ciel devant nous se referme, les rues se soudent et il n’y a plus de bleu mais le ciel reste relativement clair, on a déjà souvent volé dans ce genre de ciel sans pour autant que cela soit malsain, le problème avec un ciel gris, on ne sait pas ce qu’il y a au dessus de la couche nuageuse, gros développement ou pas. J’apprécie de moins en moins la situation et je trouve quand même que ça devient limite, jusqu’à présent on avait une porte de sortie puisque l’on évoluait en bordure d’un ciel bleu parsemé de nuages et je décide en premier de perdre de l’altitude, les autres quand à eux continuent leurs vols, dans mon groupe Ruud le hollandais et 50 mètres sur ma droite Ewa la pilote allemande, probablement le pilote chinois aussi mais j’ignore avec quoi il volait.

Il faut descendre à tout prix ...

Alors que je fais de grandes oreilles, je ne descends pas et commence même à monter, je change de cap, accélère pour dégrader encore plus mon taux de chute et m’éloigner de cette zone mais rien n’y fait, ça monte de plus en plus vite. Je finis par monter dans le nuage, les autres aussi, la base est à 2100. Je n’ai que 2 heures de vol avec cette voile mais je n’ai pas d’autre choix que de me barrer au plus vite, je décide de tirer les « B », j’ai les commandes autour des poignets, la voile se stabilise, reste tendue d’un bloc et je descends assez vite, c’est parfait, de 2200 à 1600, mais je tétanise et après 600 mètres de descente, c’est trop physique à tenir je dois lâcher. Directement je l’impression de remonter en quelques secondes seulement dans le nuage, je décide de refaire les « B » une seconde fois, mais les conditions sont vraiment devenues bastons dans le nuage et j’ai du mal à garder la voile au dessus de moi et surtout attraper les élévateurs, pendant la descente, c’est beaucoup moins stable que la 1er fois et l’élévateur gauche m’échappe des mains, je me retrouve donc à faire les « B » d’un côté, je lâche tout et je me prends la voile sur la tête, voile fermée à +-70%, je récupère assez facilement (ça à l’air d’être une bonne voile) et je n’ai pas d’autre choix que tirer les « B » pour une 3ème tentative, mais cette fois plus bas, je suis vraiment mal barré et je ne me pose pas de questions, faut descendre. Je tire les « B » plus bas, la voile décroche violemment mais ça descend bien et je maintiens plus facilement que la 1er fois.

Tirer le parachute de secours ...

Pendant la descente c’est très turbulent, la voile commence à bouger de plus en plus fort comme un serpentin et finit par se refermer comme un accordéon, je n’ai plus qu’une boule de chiffon au dessus de la tête et je me retrouve instantanément en rotation très très rapide. C’est fini je n’ai pas d’autre solution que de tirer mon secours Rogallo Vonblon. Il s’ouvre très très vite (2 s max je pense), c’est vrai que je tombais du ciel centrifugé mais ça a été très rapide, il n’avait encore jamais été replié depuis + de 3 ans, pliage constructeur. Ouverture du secours rapide, rotation enrayée très vite, par contre une fois la rotation arrêtée la voile a continué à tourner et s’est enroulée sur plusieurs tours autour du cône de suspentage du parachute. J’avais aussi plusieurs twists avec le parachute, je me suis retrouvé pendu sous le parachute en situation inconfortable, l’impression d’être twisté derrière la nuque, j’ai du jeter mon casque, il me gênait trop.

L'enfer ...

Puis au lieu de descendre pendu sous mon parachute le vario à recommencer à biper et je me suis mis à monter dans le nuage ( + 9 m / s au vario), il y en avait des éclairs tout autour de moi, j’étais trempé aussi, c’était le déluge dans le nuage. A ce moment, j’ai franchement cru que c’était fini, je sais par expérience que les chances de sortir d’un orage vivant sont faibles, j’attendais de me faire frapper par un éclair (c’est ce qui est arrivé au pilote chinois, il était mort bien avant de revenir au sol), bizarrement j’étais relativement calme, il y avait plus rien à faire, j’ai même pris quelques photos, je ne sais pas trop pourquoi. Je suis monté à 2700 mètres, donc environ 600 mètres dans l’orage, c’est bien moins haut que les autres, ( 9946 m pour Ewa et +- 4000 m pour Ruud) mais suffisamment pour ce faire frapper par un éclair.

 (Mes photos sous mon parachute : à cet instant je ne descends pas, je monte).

La sortie ...

Puis tout c’est inversé et j’ai commencé à descendre très vite ( -10 mètres / s) valeurs enregistrées au vario. J’avais du mal à croire que je descendais, j’ai vu la base du nuage s’éloigner dans l’autre sens à toute vitesse, je descendais vite, un peu trop pour me poser safe mais j’étais trop content de descendre, peu importe l’atterrissage. Puis je me suis mis à tourner sur moi-même pour essayer de réduire la vitesse et défaire les twists, après 3 ou 4 tours à droite, la vitesse de descente s’est stabilisée à 4 m/s. C’est franchement tout bon, le taux de chute d’un parachute classique pull down apex est de 5 à 6 m/s. Par contre le temps de défaire les tours de twists, j’étais déjà très bas et je n’ai pas réussi à attraper les commandes pour diriger le parachute avant de poser, celles-ci étaient scratché par un velcro à la base des mousqueton, un peu trop bas à mon avis et je n’ai pas réussi à les attraper ( elles sont pourtant bien visibles derrière moi sur les photos) , mais quelque chose me poussait en avant au niveau des épaules et j’étais vraiment dans une position inconfortable pour les attraper, j’étais vent cul avec le rogallo.

L'atterrissage ...

 ça ne descendait pas très vite mais j’avais l’impression de voler assez vite vent cul, je me suis placé en position pour un roulé boulé, puis pas de bol pour moi, j’ai accroché un des rares petits arbres qu’il y avait dans ce champ, 6 ou 7 mètres de haut, le parachute à accroché cet arbre, au lieu d’arriver à la vertical, avec la vitesse j’ai fais balancier et j’ai fini sur le dos. J’ai tapé un peu durement mais j’étais heureux d’être au sol.

J’ai réalisé que j’avais eu beaucoup de chance et j’étais persuadés qu’il y aurait des morts…Il n’y en a eu qu’un, c’est un de trop mais c’est incroyable qu’il n’y ai pas eu plus de victimes, De retour à Manilla après quelques jours, j’ai pu discuter avec quelques pilotes, tous le monde étaient d’accord pour dire que la situation avait dégénérée très très vite, tout le monde a été surpris de l’évolution si rapide, il y avait quand même de très bon pilotes Suisses, Allemands, etc. La plupart de ces pilotes étaient beaucoup plus bas que nous et essayaient de monter au plaf quand tout a démarré, certains ont eu aussi du mal à descendre, nous nous étions en première ligne. Alors qu’est ce qu’il faut faire dans pareille situation… Pas grand-chose d’autre que d’anticiper le problème et aller poser bien avant que ça dégénère, ce que l’ont a pas fait, on a été surpris par l’évolution rapide et c’était déjà trop tard quand on a réagi.

 

Christophe (dit "Gabs").

Février 2007

Commentaire recueilli sur parapentebelge.be

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